À l’occasion du Salon artistique 2026, l’Office de Tourisme des Portes Euréliennes a échangé avec Soisik Oger Le Goff, l’une des artistes invitées d’honneur de cette nouvelle édition. L’artiste revient sur son parcours, sa manière de travailler et ce qui nourrit son univers artistique.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?
Soisik, native de Rennes, se définit avant tout comme une artiste de terrain, formée très tôt au dessin et à la peinture.
« La peinture, c’est toute ma vie. Je suis tombée dedans toute petite. »
Après un passage par la musique dans son enfance, elle se tourne vers les arts plastiques et développe une approche structurée du dessin grâce à la pédagogie Martenot, une méthode d’enseignement artistique traditionnelle.
Elle consacre ensuite une grande partie de sa vie à transmettre son savoir : « Je suis enseignante depuis plus de 30 ans. »
Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
Soisik puise dans plusieurs références artistiques, allant de peintres plus anciens à des influences modernistes.
Elle cite notamment Louis Toffoli, Georges Braque, Mathurin Méheut ou encore Lyonel Feininger : « J’aime les œuvres construites, mais qui gardent une forme de joie. »
Mais son inspiration principale reste profondément liée au réel, au vécu et à l’observation.
Votre œuvre est très liée à la Bretagne. Qu’est-ce qui vous inspire dans cette région ?
La Bretagne occupe une place centrale dans son travail. Une région qui lui procure une diversité de paysages, de lumières et de scènes de vie qui nourrissent sans cesse sa création.





« Je dirais que tout comme en littérature il faut connaître son sujet, on peint bien ce que l’on connaît bien. C’est un sujet que je connais bien, que je continue à découvrir et qui rapidement m’offre une source d’inspiration quasi inépuisable. Ayant grandi en Bretagne, c’est également là que je me retrouve le mieux et que je m’épanouis pleinement dans ma peinture.»
Y a-t-il un thème ou une ambiance que vous aimez particulièrement représenter ?
Trois éléments qu’elle affectionne reviennent souvent dans son travail : l’eau, les arbres et les rochers.



« Je ne me sentirai jamais mieux qu’au milieu d’une forêt, au bord d’un torrent avec des rochers sur lesquels je peux m’asseoir en écoutant le bruit de l’eau et du vent »
Historienne de formation, l’artiste accorde également une place importante au patrimoine, qu’elle considère comme une mémoire précieuse des paysages et du temps.



« Peindre le patrimoine à l’instant T c’est aussi une façon pour moi de laisser une trace pour plus tard. Si jamais ces lieux sont dégradés, si les bords de côte changent, certains éléments du patrimoine disparaissent avec le temps, c’est ma façon d’en témoigner. »
Comment décririez vous votre style en quelques mots ?
« J’utilise un ensemble de styles artistiques sans forcément rentrer dans une case. Mais si je devais définir mon travail en quelques mots, je le qualifierais de « figuratif stylisé ». »
Fidèle au réel, son univers artistique privilégie des formes simplifiées et une composition épurée. Sans chercher à déformer son sujet, elle en extrait l’essentiel pour en renforcer l’impact visuel.
Pouvez-vous nous parler de votre processus de création ?
Son travail commence toujours par l’observation. Une photo prise en randonnée ou lors d’une sortie bateau devient souvent le point de départ d’une œuvre.
« Quand je fais une photo, j’ai déjà l’idée du tableau. »
La réalisation peut ensuite prendre du temps : certaines toiles nécessitent plusieurs semaines, voire plusieurs mois de travail cumulé.
« Une grande toile peut représenter plus de 120 heures de travail. »
Quels matériaux et techniques utilisez-vous ?
L’artiste peintre travaille exclusivement à la peinture à l’huile, en pleine pâte, sans ajout de diluant.
« Rien d’exceptionnel : de la peinture de qualité bien posée avec des pinceaux tout ce qu’il y a de plus ordinaire, sans artifices. Ce que j’aime avec cette peinture, c’est qu’elle sèche lentement, ce qui me permet de modeler la matière et de ne plus voir les coups de pinceaux »
Une technique simple en apparence, mais exigeante, qui lui permet d’obtenir des aplats nets et une finition très lisse.
Que souhaitez-vous transmettre à travers vos œuvres ?
Le travail de Soisik est avant tout une invitation à la contemplation. Elle ne cherche pas spécialement à délivrer un message.
« À travers l’enseignement que j’ai reçu, je me positionne plutôt vers l’art qui favorise l’épanouissement de la personne sans forcément délivrer un message. Je dirai que j’adresse tout de même un très grand message d’amour à ma région et aux régions qui m’accueillent au fil des expositions. Cependant ce que je souhaite avant tout c’est offrir quelque chose de beau à regarder, donner de la couleur, de la vie et de la joie. »
Y a-t-il une émotion que vous espérez faire ressentir au public ?
Ses œuvres sont souvent perçues comme apaisantes. En effet, elle revendique une peinture qui apaise, plutôt qu’elle ne bouscule.
« Dans un contexte où l’actualité n’est pas forcément réjouissante, on peut toujours apaiser les personnes par la peinture. On me dit souvent que mes peintures font du bien, que c’est comme une bouffée d’oxygène. »
Y a-t-il une œuvre dont vous êtes particulièrement fière ?
Certaines scènes de danse bretonne ont marqué son parcours, notamment par les interprétations qu’elles ont suscitées. C’est notamment le cas de son tableau 8ᵉ Temps, inspiré de la Gavotte Pourlet, une danse traditionnelle bretonne où la synchronisation et la complémentarité entre les danseurs occupent une place essentielle. Cette œuvre a parfois été perçue comme féministe, alors que l’intention de l’artiste était avant tout de mettre en lumière l’équilibre et la complicité nécessaires entre les partenaires.

« Ce n’est pas une opposition, c’est un binôme. La femme qui porte l’homme peut effectivement porter à confusion mais l’idée derrière est bien différente car il s’agit simplement de mettre en lumière la complémentarité nécessaire au couple de danseurs pour réaliser ce type de danse. C’est un tableau dont je suis fière avec une histoire qui illustre bien cette anecdote. »
Qu’est-ce que représente pour vous le fait d’être invitée d’honneur ?

« C’est un honneur. Et aussi une belle responsabilité. »
Cet événement lui permet de présenter un ensemble plus large de son travail et de rencontrer un nouveau public.
Avez-vous un projet ou un rêve artistique ?
Soisik souhaite continuer à exposer en développant son parcours, avec une idée en tête :
« Peut-être exposer un jour à Paris, juste pour voir. »
Une étape envisagée avec curiosité plus que comme un objectif de reconnaissance.
Quel conseil donneriez-vous à un artiste débutant ?
« Il faut bien réfléchir avant de se lancer car ce n’est pas un métier facile. Il faut avoir conscience de la réalité économique et ne pas dévaloriser son travail. Il faut être motivé, guidé par la passion, et la persévérance reste évidemment une valeur essentielle »
À travers ses œuvres, Soisik Oger Le Goff partage bien plus que des paysages bretons : elle invite chacun à ralentir, contempler et porter un regard nouveau sur les paysages et le patrimoine qui nous entoure. Une démarche que les visiteurs pourront découvrir tout au long du Salon Artistique, du samedi 05 au dimanche 13 septembre 2026.


