Le 1er août 1944, un bombardier américain B-17G s’écrase dans la commune de Néron après avoir été abattu par un canon antiaérien allemand. À  bord, 9 soldats américains dont 3 restent à ce jour encore disparus. 

Depuis 2021, des fouilles archéologiques ont lieu à Néron. Le but de cette mission est à la fois de former des étudiants aux techniques archéologiques, anthropologiques et médico-légales tout en cherchant les corps de soldats américains disparus durant la Seconde Guerre mondiale. 

Le jour de l’accident

L’avion B-176, nommé Stormy Weather, était piloté par le Lieutenant Gerard J. Melofchik et faisait partie du 401st Bombardment Group (BG) de l’US Air Force. Dans le cadre de la mission #120, l’équipage devait quitter l’Angleterre le 1er août 1944 à environ 11h00 pour bombarder l’aérodrome et les casernes près de Chartres. Vers 15h00, Stormy Weather est touché par les tirs antiaériens allemands avant d’atteindre Chartres et quitte la formation. Puis l’avion entre en collision avec un autre B-176 piloté par le Lieutenant Robert Sproul. Les deux avions se sont écrasés près de Chartres, l’avion du Lieutenant Melofchik tombant à Néron.

Le processus avant les fouilles

La mission de fouilles à Néron est à l’origine de la DPAA, l’agence du département de la défense des Etats-Unis chargée de retrouver les corps des militaires américains disparus. Avant chaque mission, la DPAA réalise une étude à l’aide d’historiens et de professionnels afin de savoir si les objectifs de la mission ont une chance d’aboutir. Une fois validée, la DPPA recherche des personnes extérieures au département afin de réaliser la mission comme par exemple ici, des élèves et leurs professeurs ainsi que des bénévoles.

La mission

Sur Néron, le but était de commencer la mission en mars 2020, mais avec l’épidémie de Covid, les déplacements étaient interdits. En 2021, les directeurs de mission Tiffany B. Saul et Adam Fracchia n’ont pas eu la permission de ramener leurs élèves en France, la mission a donc commencé avec une équipe de bénévoles européens (originaire de France, de Suisse, d’Autriche…) composées d’étudiants et de passionnés par l’histoire, l’aviation, l’archéologie…

En 2022, les élèves américains ont enfin eu la permission de se rendre en France. Pour se préparer à cette mission, la classe s’est rendue en Arizona (USA) pour admirer un avion similaire à celui qui s’est écrasé à Néron toujours en état de vol. 

“C’était important pour les élèves, nous confie Tiffany B. Saul, professeur, parce qu’à Néron, l’avion est en plusieurs morceaux, c’était donc important pour les élèves de reconnaître les pièces de l’avion et de voir à quoi cela ressemble. On a aussi été dans un site archéologique au Tennessee afin d’apprendre les procédures que nous allions utiliser ici et aussi pour que les élèves construisent une réelle cohésion entre eux.”

Les fouilles

Tous les bénévoles et étudiants sont restés environ 6 semaines tous les ans pendant 3 ans. Durant les fouilles, l’équipe a séjourné au Camping des Ilôt de Saint-Val. 

L’Office de tourisme : Comment se déroulent les fouilles ?

Morgane Durieux, étudiante en archéologie et bénévole sur les fouilles: Tout est creusé, mis dans des seaux, tamisé et après on trie. On enlève la terre, les cailloux et on garde les artefacts. On ne creuse jamais au même endroit. On délimite les unités par des clous avec un ruban les zones où nous avons déjà creusé afin de ne pas rechercher d’une année à l’autre.

L’Office de tourisme : Que se passe-t-il quand vous trouvez un objet ?

Tiffany B. Saul: Tout ce que nous trouvons est considéré comme une preuve comme s’il s’agissait d’une scène de crime. Nous ne sommes pas habilités à faire le diagnostic nous-même, les objets trouvés doivent être analysés en laboratoire.

L’Office de tourisme : Les trous que vous creuser lors des fouilles sont peu profonds, pourquoi?

Morgane Durieux : Quand le sol change en texture ou en couleur, on change de niveau. Sur ces fouilles, on se trouve au niveau 1 puisque même si le crash a eu lieu il y a 70 ans, l’environnement a peu changé. Comme nous sommes en forêt, rien n’a bougé contrairement à la zone de fouille dans le champ ou les objets sont beaucoup plus profonds. C’est vrai qu’on l’habitude de voir des images de trou de 5 mètres lors de fouilles archéologiques, mais sur l’archéologie contemporaine, on trouve les objets à la surface.

« Le travail qu’on fait ici est très important pour les familles des disparus, pour les États-Unis, pour les étudiants mais aussi pour les locaux » Tiffany B. Saul

En effet, cette histoire est ancrée dans la ville de Néron et de ses habitants. Un habitant de la ville, enfant à l’époque, se souvient d’ailleurs avoir vu l’avion s’écraser.  Même les gens bébés à l’époque ou qui vient d’emménager depuis moins de 5 ans savent ce qu’il s’est passé puisque l’histoire se transmet.

« C’est important pour les locaux de savoir aussi ce qu’il s’est passé. Nous ne voulons pas juste venir et creuser, nous voulons aussi comprendre et relayer les témoignages » Morgane Durieux.

L’utilisation de la mémoire vivante à travers les témoignages est primordiale sur ce projet et même si les témoignages reçus ne sont pas tous sur le crash, ils sont très utiles pour comprendre le contexte à l’époque.

L’exposition

Au cours de ces trois dernières années, un certain nombre d’artefacts ont été collectés et certains des plus intéressants et marquants sont exposés dans la mairie de Néron à partir du mercredi 28 juin. Malheureusement, aucun restes humains des soldats disparus n’ont été retrouvés mais cette étude a tout de même permis de transmettre aux citoyens l’histoire de cet événement tout en enseignant aux élèves les méthodes d’archéologie. 

Merci à Morgane Durieux et à Tiffany B. Saul pour leur aide à l’écriture de cet article et félicitations à elles et leur équipe. 

Il s’agit d’une mission menée en partenariat avec la Middle Tennessee State University, la Direction régionale des Affaires Culturelles (DRAC), le bureau d’Archéologie Préventive (Service de l’Archéologie, Eure et Loir), le Maire de Néron et l’agence comptable Défense POW/MIA: la DPAA (une agence du département de la défense des Etats-Unis chargée de retrouver les corps des militaires américains).

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